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mardi, 22 janvier 2008

La débat se poursuit...

Dans Le Devoir des 19 et 20 janvier 2008, Denise Bombardier a écrit un article sur la qualité de la langue française au Québec intitulé "Why not?" (http://www.ledevoir.com/2008/01/19/172405.html) qui m'a désapointée, voire choquée.

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Je vous invite à prendre connaissance de ce texte et des réactions qu'il a succitées. Ce qui me frappe le plus, c'est de voir à quel point un grand nombre de gens sont d'accord avec elle et pensent dur comme fer que la qualité de la langue française au Québec se détériore. C'est décidément un traumatisme profondément ancré chez nous, pauvres colons conquis, que de croire que notre français n'est pas bon. Il y a même un des intervenants qui suggère de faire des bébés, des p'tits Québécois pure laine, pour augmenter notre poids démographique et ainsi régler le fameux problème de notre langue qui se fait assimiler. Ouch! On est loin de la pensée rationnelle!

Voici ma propre réaction à l'article:

Bonjour Madame Bombardier,

j'ai lu votre article "Why not?" paru dans l'édition des 19 et 20 janvier 2008 du Devoir, et je dois vous avouer que j'ai été plutôt déçue de l'opinion que vous avez du français québécois et du manque de connaissances linguistiques dont font preuve vos affirmations.

Premièrement, sur quoi vous basez-vous pour dire que la langue parlée se détériore? Prouvez-le moi. Il n'y a pas grand différence entre la façon dont parlent mes grands-parents et la mienne. Peut-être utilisent-ils simplement un peu plus d'anglicismes comme beaucoup de personnes âgées des régions minières. Peut-être que je dis un peu plus de "si j'aurais". Nos expressions sont différentes. Les miennes ne sont pas pires.

D'ailleurs, qu'est-ce pour vous qu'une langue de bonne qualité? Vous semblez penser que la qualité d'une langue va de pair avec son respect d'une norme édictée artificiellement par un quelconque office ou une quelconque académie. Je ne vois pas en quoi un manuel de grammaire est plus riche que la syntaxe et la grammaire naturelles dont font usage Monsieur Madame Toutlemonde quand ils parlent dans un registre familier. Ce sont deux formes différentes à utiliser dans des contextes différents, voilà tout. Une forme n'est pas meilleure que l'autre.

Et les anglicismes! C'est vraiment une réaction de peur typique des peuples minoritaires que de craindre le changement apporté par le contact du peuple majoritaire. À preuve, crie-t-on au meurtre lorsque l'on entend un amérindianisme? Non, puisque dans ce contexte, nous sommes le peuple majoritaire. Les langues évoluent constamment et l'emprunt est un phénomène tout ce qu'il y a de plus normal dans ce processus. Saviez-vous que le tiers du lexique anglais vient du français du temps des invasions normandes? Saviez-vous que le français de France comporte beaucoup plus d'anglicismes que le français québécois? Saviez-vous que dans le Multi, on proscrit certains anglicismes québécois pour suggérer à la place d'utiliser un anglicisme de France?

Vous parlez aussi de fierté, de sacralisation même. Je peux vous dire Madame, que les québécois seront fiers de leur langue quand ils auront conscience que justement, c'est LEUR langue. Ce n'est pas celle des Français, ce n'est pas quelque chose d'extérieur à eux, ce sont eux qui la font. Comment être fier de mots que nos parents, que nos amis ne nous ont jamais dit? Comment être fier de notre langue quand on nous dit sans cesse qu'elle se détériore, qu'elle est de mauvaise qualité, que ce n'est pas la bonne façon de parler? Ce n'est pas dans la peur de mal parler que notre langue s'épanouira, s'émancipera.

Notre langue au Québec est différente. La langue française en général est riche de tous ses accents, de tous ses dialectes, de tous ses registres, ses variétés, ses emprunts, ses changements de sens, de forme, riche de son évolution. La langue française est bien vivante et je préfère qu'elle ait "fait face au vents qui soufflent de partout pour imposer ses mots jusque dans les" colères, tabarn... plutôt que "dans les collèges" où l'on essaie de nous faire croire qu'elle tient dans un livre, où elle est réservée à une élite.

Ma langue est dans ma bouche, pas dans mon stylo, je ne la mettrai pas dans ma poche en parlant comme on doit écrire.

En espérant ne pas avoir été trop dure et que vous poursuivrez vos réflexions linguistiques,

bonne journée,

Caroline Sigouin

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